La Fresque Océane : 100 cartes pour comprendre ce qui nous relie à la mer
- il y a 8 minutes
- 3 min de lecture
Une table, une centaine de cartes et quelques heures pour prendre la mesure d’un système que l’on connaît souvent mal. Créée en 2019 par Alice Vitoux, alumni de l’INSA Lyon, La Fresque Océane s’inspire de La Fresque du Climat pour rendre visibles les liens entre nos activités, le climat, la biodiversité et les écosystèmes marins. Plus de 40 000 personnes ont déjà participé à ses ateliers.

Une fresque, comment ça marche ?
Depuis quelques années, le format se décline dans de nombreux domaines. Mais c’est quoi, au juste, une « fresque » ? Il s'agit d'un atelier collaboratif qui propose à de petits groupes de reconstruire, à partir de cartes, les relations entre différents phénomènes. Les participants discutent, confrontent leurs connaissances et font apparaître peu à peu une vision d’ensemble.
Alice Vitoux, diplômée du département Télécommunications de l’INSA Lyon en 2004, découvre La Fresque du Climat en 2017. Elle fait partie de la dizaine de personnes présentes lors de la constitution de l’association en 2018, puis anime des ateliers et des formations à ses débuts. Le format la convainc par sa capacité à rendre accessibles des mécanismes complexes : relier les cartes oblige à comprendre comment les causes et les conséquences s’enchaînent.

Très vite, elle veut transposer cette mécanique à un sujet qui lui tient à cœur. À l’époque, constate-t-elle, la sensibilisation à l’océan se concentre beaucoup sur la pollution plastique. Or la mer ne peut se comprendre par un seul problème. En 2019, elle construit donc les premières cartes de ce qui deviendra La Fresque Océane.
Voir l’océan comme un système
La version adulte compte aujourd’hui 100 cartes réparties en six grandes thématiques : les apports de l’océan, la biodiversité marine, la pêche et l’aquaculture, le climat, les industries maritimes et la pollution. L’atelier, conçu à partir de sources scientifiques et de l’expertise de spécialistes, dure de deux à trois heures et demie.
L’objectif n’est pas de former des experts. « L’idée, c’est de montrer la vision globale », explique Alice Vitoux. L’atelier commence d’ailleurs par ce que l’océan apporte, afin de laisser une place à l’émerveillement avant d’aborder les pressions qui s’exercent sur lui.
La Fresque Océane n’est pas à proprement parler une fresque de l’eau. Elle ne traite pas directement de la rareté de la ressource ni de tous les usages de l’eau douce. Elle montre en revanche combien l’océan participe aux grands équilibres planétaires. Réchauffement de l’eau, perte d’oxygène, modification des courants ou stratification affectent ce qu’Alice Vitoux décrit comme une « énorme machine climatique », avec des conséquences qui dépassent largement le littoral.
Du déclic à l’action
Une fois les cartes posées, reste à savoir ce que chacun peut faire de cette compréhension. Pour Alice Vitoux, le passage à l’action se joue à plusieurs échelles. Dans la vie quotidienne, nos choix de consommation, d’alimentation ou de transport ont aussi des effets sur l’océan.

Dans les entreprises, les décisions sur les matières premières, les fournisseurs, l’eau utilisée ou les modes de transport peuvent déplacer les lignes. L’un de ses défis consiste justement à rendre l’océan plus visible dans les organisations, car toutes sont concernées, quel que soit leur secteur d’activité.
C’est toute la force de l’approche systémique : montrer que l’océan n’est pas un sujet réservé aux habitants des côtes ou aux professionnels de la mer. « On retrouve finalement l’océan un peu partout, même si on l’a oublié aujourd’hui. »
Le défi consiste aussi à toucher au-delà des publics déjà convaincus. Alice Vitoux le constate dans les ateliers : les participants volontaires sont souvent déjà sensibilisés. Elle apprécie particulièrement les sessions où certaines personnes arrivent sans l’avoir vraiment choisi. C’est là que le dialogue peut réellement déplacer les représentations.
Portée aujourd’hui par plus de 200 animateurs et animatrices en France et dans plusieurs pays, La Fresque Océane a déjà sensibilisé plus de 40 000 personnes. Une diffusion fidèle au principe même de la fresque : transmettre pour permettre à d’autres, à leur tour, de transmettre… Et d’agir.


