Quand la biologie éclaire la pollution aux PFAS, rendez-vous avec Lynx BioTech
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Une histoire qui commence dans un laboratoire étudiant et s’inscrit déjà dans un enjeu mondial. L’histoire de Paloma Bert, étudiante-entrepreneuse à l’INSA Lyon, visage de Lynx BioTech, cette ingénieure en devenir a décidé de rendre visible l’un des polluants les plus insaisissables de notre époque : les PFAS.

Tout commence presque par hasard, au détour d’un projet étudiant. Chaque année, des élèves de l’INSA participent au concours iGEM, un concours international de biologie de synthèse. En quatrième année, Paloma Bert rejoint une équipe lyonnaise inter-écoles. Le sujet des PFAS s’impose vite.
Aux côtés des microplastiques et des résidus d’antibiotiques, les PFAS dessinent les contours d’une crise environnementale systémique. « Le territoire lyonnais est l'une des zones les plus touchées par les PFAS en France, ça nous plaisait d'avoir un projet qui était en même temps une résonance locale mais aussi internationale », explique-t-elle. Pendant un an, elle plonge dans ces molécules invisibles surnommées « polluants éternels ».
Mobiles et quasi indestructibles, ils contaminent durablement l’eau, les sols et les organismes vivants. À l'issue du concours, c’est une évidence pour Paloma Bert, ce sujet ne peut pas rester au stade académique. Le projet Lynx BioTech appelle une transformation, celle d’un projet étudiant en solution concrète.
Transformer des bactéries pour mesurer l’invisible

Les PFAS, ces composés fluorés créés par l’Homme, sont réputés pour leur résistance. On les identifie comme PFAS à « longue chaîne », « moyenne chaîne » ou « courte chaîne », ce qui correspond à la longueur de la chaîne carbonée, soit le nombre de carbone et de fluor. Les liaisons carbone-fluor sont incassables « un peu comme les Roméo et Juliette de la chimie organique », explique l’étudiante-entrepreneuse.
Résultat : ces composés s’accumulent partout, dans l’eau, dans les sols, dans l’air. Jusqu’aux régions les plus reculées du globe. Les conséquences sanitaires commencent à émerger : cancers, perturbations hormonales, effets sur la reproduction, et également des interactions encore mal comprises avec des traitements médicaux.
Longtemps, l’industrie a utilisé les PFAS à chaîne longue, puis la réglementation est arrivée, et avec elle une transition vers des molécules à chaîne plus courte « les industriels ont substitué les moyennes et longues chaînes par des alternatives à courte chaîne voire ultra courte chaîne ». Mais courte chaîne ne veut pas dire moins de toxicité. En effet, elle correspond à plus de mobilité, les composés vont plus vite et plus loin, et « échappent aux méthodes de filtration actuelles », s’inquiète Paloma Bert.
Une transformation silencieuse du problème, qui complexifie encore la réponse scientifique et industrielle. C’est là qu’intervient Lynx BioTech, en s’inscrivant précisément dans cet angle mort : développer des outils capables de détecter ces nouvelles formes de pollution.
Une innovation face à un système saturé
Aujourd’hui, détecter les PFAS relève du parcours du combattant. La détection se fait dans un panel restreint de laboratoires spécialisés déjà saturés avec des méthodes qui nécessitent un équipement très coûteux, sensible et une technique lente. « Il y a très peu de laboratoires en France qui sont capables de le faire, moins d'une dizaine », explique l’étudiante-entrepreneuse.
Face à cela, Lynx BioTech propose une rupture : un kit de détection rapide capable de donner des résultats en quelques heures. L’objectif est triple : élargir le panel d'outils qui permettent de quantifier les PFAS et désengorger les laboratoires, répondre à un besoin de réactivité terrain et redonner de l’autonomie aux industriels et aux acteurs de l’eau.

Le projet repose sur une idée aussi simple à expliquer que complexe à mettre en œuvre : utiliser des bactéries comme capteurs vivants. « La biologie de synthèse, c'est un peu comme coder un ordinateur mais avec des organismes vivants », les bactéries sont modifiées pour qu’elles émettent de la lumière en présence de polluants. Cette lumière devient un signal et plus elle est intense, plus la concentration en PFAS est élevée. Une approche presque poétique pour répondre à un problème extrêmement technique.
La start-up ne prétend pas tout résoudre et fait le choix de se concentrer sur la détection, pas sur la dépollution. « Ce serait très intéressant de s'associer avec des partenaires qui font de la dégradation », rappelle Paloma Bert, « personnellement, je pense qu'on n’en fera jamais parce que c'est vraiment une autre expertise et qu'il y a déjà tellement à faire dans la détection ». Un positionnement stratégique, qui repose sur l’idée simple qu’on ne peut pas traiter ce qu’on ne mesure pas. À l’avenir, Lynx BioTech pourrait changer la manière dont collectivités, industriels et ONG surveillent la qualité de l’eau.
De la preuve de concept au terrain
Aujourd’hui, le projet a déjà franchi plusieurs étapes clés. Dans le cadre du concours iGEM, l’équipe d’étudiants avait réussi à modifier une bactérie pour qu'elle soit capable de répondre à un PFAS qui s'appelle le PFOA. « Ça c'est notre première preuve de concept », indique Paloma Bert.

Sélectionnée et accompagnée par le Genopole, un biocluster international de référence, l’étudiante et son associée Laurine Thomas, bénéficient d’un accès à des laboratoires et à un écosystème scientifique précieux. Elles ont repris les manipulations en laboratoire et travaillent désormais à élargir cette capacité à d’autres molécules, notamment à chaîne courte « on a 6 mois pour améliorer cette preuve de concept et l'étendre à un autre PFAS, qui est à courte chaîne cette fois, le TFA. »
Dans un horizon proche, la start-up a pour projet de développer un Minimum Viable Product (MVP), un premier kit utilisable par des industriels. Et déjà, des discussions sont engagées avec des acteurs publics et privés pour des essais pilotes. Lynx Biotech attire déjà l’attention des acteurs publics, des industriels et des institutions environnementales. Lors du concours IGEM, Veolia Waters, l'Office Français de la Biodiversité et BioMérieux sponsorisaient le projet. Aujourd’hui, des collaborations sont envisagées avec la Métropole de Nice pour tester la solution dans des contextes réels via des essais pilotes, notamment sur des territoires déjà touchés.
Relier les acteurs pour mieux agir
Au fil des rencontres un constat s’impose : les solutions existent, mais les acteurs ne se parlent pas toujours. « Parfois, il y a des besoins qui ont des réponses, mais les acteurs ne sont pas en contact et c'est dommage. » déplore l’étudiante-entrepreneuse.
Dans ce contexte, des initiatives comme celle de la Métropole de Lyon, qui cherche à créer un pôle d’excellence autour des PFAS, apparaissent comme essentielles. Associations, industriels, laboratoires, ONG, tous ces acteurs vont travailler demain à mettre en place des solutions et des échanges, comme cela pourrait être le cas entre, les acteurs académiques ou start-up, où le besoin d'échantillons est essentiel, et les industriels, où le besoin de solutions est fort.
Être ingénieur aujourd’hui : entre science et engagement
Car la science n’est pas incompatible avec l’humain. Le parcours de Paloma Bert raconte aussi une certaine vision du métier d’ingénieur. Une vision engagée et ancrée dans le réel. « L'ingénieur social, c'est très abstrait pour beaucoup d'étudiants, mais moi ça me parle beaucoup », résume Paloma Bert.
L’étudiante-entrepreneuse est aujourd’hui associée à Laurine Thomas, une ingénieure expérimentée rencontrée grâce au programme Tandem de la Banque Publique d’Investissement, qui met en contact des personnes qui ont des projets et des personnes qui cherchent des projets. Une équipe fondatrice 100% féminine dont Paloma Bert est très fière, et dont les valeurs communes porteront Lynx BioTech vers une direction claire. Un kit qui ne sera pas un gadget, éco-conçu et décisif pour le futur. « Je suis contente de dire que mon métier sert à quelque chose », conclut Paloma Bert.


