top of page

Ignorosphère : cet étudiant qui s’attaque à la pollution oubliée du spatial

  • 15 avr.
  • 4 min de lecture

À 22 ans, Sacha Perin, étudiant-entrepreneur à l’INSA Lyon, explore une zone d’ombre de la conquête spatiale : la pollution de la mésosphère. Entre constellations de satellites et débris incandescents, il cherche à mesurer l’impact de ceux qui redescendent sur Terre au sein de son projet de start-up au nom provisoire d’Ignorosphère.


Illustration de la Terre vue de l’espace, entourée d’un nuage dense de débris spatiaux et de satellites en orbite, symbolisant la pollution et la saturation de l’orbite terrestre.
© IA

Dans le vacarme discret de la conquête spatiale, certaines questions restent suspendues. Trop hautes pour nos instruments, trop basses pour nos satellites. C’est dans cette zone grise que s’est glissé Sacha Perin, 22 ans, élève en Filière Entrepreneuriat Émergence (FEE) à l’INSA Lyon, pour y bâtir un projet entrepreneurial aussi prospectif que stratégique.


Tout commence par une intuition. Celle que derrière l’enthousiasme technologique des constellations de satellites se cache un angle mort environnemental. À mesure que les objets en orbite basse se multiplient, leur fin de vie pose une question encore largement ignorée : que deviennent-ils en se désintégrant dans l’atmosphère ?


« Aujourd’hui, on estime que près de 10 % des particules de la haute atmosphère contiennent des métaux issus de l’industrie spatiale », alerte l’étudiant-entrepreneur. Le risque est celui d’une altération de la chimie atmosphérique et, à terme, d’effets climatiques encore mal anticipés.


Une pollution encore invisible


À plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, dans la mésosphère, les satellites en fin de vie se fragmentent. Ce processus libère des nanoparticules métalliques susceptibles de persister pendant des décennies. Problème : cette couche de l’atmosphère reste aujourd’hui quasi inaccessible à la mesure.


C’est là que Sacha Perin choisit d’intervenir.



Son projet, justement baptisé Ignorosphère, vise à concevoir des outils capables de capter des données là où il n’en existe presque pas, mais aussi à analyser et estimer ces émissions, afin de documenter une pollution émergente avant qu’elle ne devienne incontrôlable.

Les ballons scientifiques plafonnent bien en dessous. Les satellites, eux, orbitent au-dessus. Entre les deux, une zone méconnue que certains chercheurs qualifient d’« ignorosphère ». C’est là que Sacha Perin choisit d’intervenir.


Son projet, justement baptisé Ignorosphère, vise à concevoir des outils capables de capter des données là où il n’en existe presque pas, mais aussi à analyser et estimer ces émissions, afin de documenter une pollution émergente avant qu’elle ne devienne incontrôlable.


Un enjeu scientifique… et réglementaire


Aujourd’hui, aucune réglementation ne prend réellement en compte les émissions issues des rentrées atmosphériques. Le droit spatial s’est historiquement construit autour d’un autre impératif : limiter les débris en orbite pour garantir l’accès à l’espace. 


En France, la Loi relative aux opérations spatiales impose par exemple aux opérateurs de désorbiter leurs satellites en fin de vie, généralement dans un délai de cinq ans. Mais une fois l’objet entré dans l’atmosphère, il sort du radar réglementaire.


Un angle mort juridique, alors même que les rentrées vont se multiplier avec l’essor des constellations. « On encadre très bien la fin de vie en orbite, mais pas ses conséquences dans l’atmosphère », résume Sacha Perin.


C’est précisément là que les agences commencent à s’interroger. Le CNES (Centre national d'études spatiales), notamment, pourrait devenir un premier client. Pour une raison simple : sans données fiables, impossible de qualifier les impacts, encore moins de fixer des seuils ou des obligations. « Ils ont besoin d’indicateurs pour comprendre les effets et construire une base légale », explique l’étudiant-entrepreneur.


À l’échelle européenne, la réflexion est particulièrement dynamique, du côté de l’ESA (Agence spatiale européenne) comme de la Commission européenne. Cette dernière travaille notamment sur de nouvelles réglementations, en particulier autour du bilan carbone du spatial, avec le référentiel PEFCR (Product Environmental Footprint Category Rules). Mais faute de mesures robustes, le sujet peine encore à s’imposer dans les cadres existants, toujours largement centrés sur la sécurité orbitale.


Anticiper la régulation, un avantage compétitif


Pour les industriels, l’enjeu est stratégique. Aujourd’hui peu contraints, ils savent que ces questions pourraient rapidement s’imposer dans les processus d’autorisation de lancement. Anticiper ces futures exigences devient alors un avantage compétitif : capacité à mesurer ses émissions, à les modéliser, voire à les réduire. Autant de critères susceptibles, demain, de conditionner l’accès à l’orbite.


Dans ce contexte, Ignorosphère ne se positionne pas seulement comme un projet scientifique. Il s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un droit spatial en train d’intégrer, progressivement, ses propres impacts environnementaux.


Inventer de nouveaux instruments


Mais avant tout, un défi majeur demeure : mesurer. Une première piste consiste à utiliser les lanceurs comme « chevaux de Troie » scientifiques, en instrumentant certains de leurs composants qui retombent doucement vers la Terre après leur mission. « Ils traversent l’atmosphère à des vitesses et des températures qui permettent à nos instruments de fonctionner et de collecter des données in-situ », explique Sacha Perin. Cette approche permet de transformer des débris balistiques en véritables laboratoires volants pour documenter une zone jusqu'ici inaccessible.


Pour les industriels, l’enjeu est stratégique. Aujourd’hui peu contraints, ils savent que ces questions pourraient rapidement s’imposer dans les processus d’autorisation de lancement. Anticiper ces futures exigences devient alors un avantage compétitif : capacité à mesurer ses émissions, à les modéliser, voire à les réduire. Autant de critères susceptibles, demain, de conditionner l’accès à l’orbite.
Désintégration d’un satellite lors de sa rentrée atmosphérique, fragmenté en plusieurs débris qui traversent la haute atmosphère avant de retomber sur Terre.

La seconde piste, plus radicale, est celle du satellite « Kamikaze ». Ici, l'objet spatial est conçu pour une mission unique : le sacrifice. Ce petit satellite serait programmé pour se désorbiter volontairement et plonger vers l'atmosphère. Sa seule raison d'être serait d'analyser sa propre agonie, mesurant la chimie des gaz et les particules libérées au moment précis où il commence à se consumer.


Ces solutions restent encore exploratoires, mais elles traduisent une évolution : la chute n’est plus seulement une fin technique, elle devient un moment clé pour produire des données encore inexistantes.


Le point de bascule du spatial


Car pendant que la science tâtonne, le spatial s’accélère. Les grandes constellations, portées par des acteurs comme SpaceX ou Amazon, se déploient à grande échelle, à l’image de Starlink. Et déjà, de nouveaux usages se profilent, comme les projets de data centers en orbite. Avec cette accélération, le flux de débris artificiels pourrait bientôt rivaliser avec celui des météorites.


Si aujourd’hui les poussières naturelles dominent encore, l’équilibre est sur le point de basculer. Certains scientifiques alertent déjà sur la progression fulgurante de cette part anthropique (humaine). « Tout ce qu’on envoie finit par retomber », rappelle Sacha Perin. « Et tout ce qui retombe a un impact. »


Ignorosphère en est encore à ses débuts. Pas de solution arrêtée, pas d’équipe constituée. Mais une direction claire. À la rentrée, Sacha Perin poursuivra son parcours à l’Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace (ISAE-Supaéro), à Toulouse, avec l’ambition d’intégrer un incubateur et d’accélérer le développement de son projet.


"Regarder un atome le change, regarder un homme le transforme, regarder l'avenir le bouleverse. Le monde des hommes est un monde en accélération constante. Dans un univers où tout se transforme si rapidement, la prévision est à la fois absolument indispensable et singulièrement difficile."

Gaston Berger

Logo Point de bascule

Un média proposé par l'INSA Lyon.

Logo INSA Lyon
bottom of page