Le biogaz version 2.0 : le laboratoire DISP au cœur d’une innovation industrielle
- amellouzguiti
- 16 oct.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 oct.
Produit à partir de biodéchets, le biogaz s’impose comme une alternative renouvelable et écologique dans un marché en pleine expansion. Pour répondre à cette demande croissante, l’entreprise drômoise Prodeval a choisi de franchir une étape inédite : créer une ligne pilote destinée à standardiser et massifier la production d’équipements. Pour faire éclore cette ligne de production unique au monde, l’ETI (1) s’est appuyée sur l’expertise scientifique des chercheurs du laboratoire DISP (2) et les compétences de l’entreprise Aventech, son principal sous-traitant. Inaugurée en juin 2025, la ligne d’assemblage ALLIANCE devrait atteindre sa pleine capacité de production en 2029.
Une énergie verte au cœur de la transition énergétique
Produit à partir de déchets organiques issus de l’agriculture, de l’agroalimentaire ou des ménages, le biogaz s’impose comme une ressource renouvelable et locale. Si celle-ci ne représente encore qu’une faible part de la consommation française, la filière connaît une croissance rapide. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de dépendance aux importations de gaz, son développement constitue un levier stratégique pour renforcer l’indépendance énergétique du pays.
« Le procédé repose sur la méthanisation (ou Digestion Anaérobie) : les biodéchets dégagent un gaz brut composé à la fois de méthane (CH4) et de dioxyde de carbone (CO₂). Une fois épuré, le biométhane possède les mêmes caractéristiques que le gaz naturel fossile distribué dans les réseaux. Rien n’est perdu : le CO₂, capté et liquéfié, est lui aussi par ailleurs valorisé », explique Lilia Gzara, enseignante-chercheuse au DISP. Chauffage, carburant pour véhicules ou production d’électricité : les utilisations du biométhane sont équivalentes à celles du gaz fossile.
Ainsi le biométhane ou biogaz épuré, agit sur deux leviers d'action essentiels pour lutter contre le dérèglement climatique : atténuation et adaptation. D'abord, il évite la combustion d'énergies fossiles (ici le gaz) : chaque équipement Prodeval mis en service permet d'éviter chaque année près de 2500 tonnes d'équivalent CO2. Ensuite, utilisé localement, il permet aux territoires de s'affranchir des importations et de faire face aux crises énergétiques. Mais il contribue également pleinement à la logique d'économie circulaire en transformant des déchets en ressources énergétiques.

La filière face au défi du changement d’échelle
Créée dans les années 1990, l’entreprise Prodeval s’est imposée comme le leader français de l’épuration du biogaz, couvrant près de 45 % de la demande nationale. Pourtant, son mode de production restait limité : environ 140 unités par an, fabriquées de manière quasi artisanale. Or, la demande explose. « Leur ambition est de produire 450 unités par an, ce qui implique de repenser complètement l’organisation industrielle », explique l’enseignante-chercheuse au DISP. Pour y parvenir, l’entreprise Prodeval a lancé, en partenariat avec Aventech, une nouvelle ligne pilote destinée à standardiser et automatiser la fabrication des épurateurs et des liquéfacteurs de CO₂, deux équipements centraux dans la chaîne de valorisation du biogaz.
Cette ligne de production est unique : aucune offre industrielle comparable n’existe actuellement dans le monde, alors que le marché réclame des solutions standardisées et reproductibles. Le projet repose sur trois volets : la conception d’un nouvel épurateur, le développement d’un liquéfacteur de CO₂ et la mise en place de la ligne pilote, sur laquelle le laboratoire DISP intervient avec son expertise scientifique. Une fois cette ligne opérationnelle, l’objectif est de dupliquer ce modèle à grande échelle pour répondre à la demande croissante.
L’expertise du laboratoire DISP
Pour transformer cette ambition en réalité, Prodeval s’est appuyée sur le laboratoire DISP, qui mobilise onze chercheurs permanents et quatre doctorants autour de plusieurs axes : optimisation des performances de production, sécurisation de la chaîne logistique, modernisation du système d’information et conception d’un jumeau numérique ; une avancée qui sera révolutionnaire pour l’ETI, mais plus largement pour la filière. « Le jumeau numérique est un outil qui tend à se démocratiser dans le secteur industriel, mais est complètement inédit dans la filière biogaz. C’est un miroir virtuel de la ligne de production qui permet de suivre en temps réel les opérations, d’anticiper les dysfonctionnements et de simuler différents scénarios industriels. C’est une technologie qui va au-delà des outils classiques de gestion de production comme les ERP ou MES », souligne Lilia Gzara.

Une filière en construction
Le biogaz reste une filière jeune, confrontée à des obstacles : coûts d’investissement élevés, réglementation complexe, concurrence internationale. Cependant, elle bénéficie d’un soutien politique fort et à long terme. Cette ligne pilote sur laquelle le laboratoire DISP investit son expertise, ne constitue qu’un début : une fois validée, elle pourrait être dupliquée dans d’autres sites en France comme à l’international (Inde, Brésil). L’usine drômoise doit atteindre sa pleine capacité en 2029.
(1) Entreprise de Taille Intermédiaire
(2) Décision et Information pour les Systèmes de Production (INSA Lyon/Université de Lyon/Lyon 2/Université Jean Monnet Saint-Étienne/Université Claude Bernard Lyon 1)


