La revanche de la laine : quand un déchet agricole devient solution acoustique
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Et si la transition écologique passait aussi par la réhabilitation de ressources locales délaissées ? En s’attaquant à un angle mort de l’économie agricole française : la laine de mouton devenue quasi-déchet, la start-up Moumoute propose bien plus qu’un panneau acoustique biosourcé. Elle esquisse un modèle de revalorisation territoriale, à la croisée de l’économie circulaire, de l’innovation matérielle et de l’impact social.

D’un déchet contraint à une ressource stratégique
Chaque année en France, près de 10 000 tonnes de laine sont produites. Faute de débouchés industriels compétitifs face aux fibres synthétiques, environ 95 % ne sont plus valorisées. Pour les éleveurs, la tonte – indispensable au bien-être animal – est devenue un coût supplémentaire plutôt qu’une source de revenu.
Moumoute part de ce constat pour inverser la logique. Plutôt que de chercher à réintroduire la laine dans les circuits textiles dominés par le polyester depuis les années 1970, l’équipe identifie un marché en tension : le confort acoustique des espaces de vie et de travail. En faisant correspondre une ressource sous-exploitée à un besoin sociétal croissant, le projet crée une nouvelle proposition de valeur.
Le confort sonore, nouvel enjeu de santé environnementale

« Dans les écoles, les bureaux ou les restaurants, la qualité sonore est devenue un enjeu majeur de santé et de bien-être, et la laine y apporte des réponses naturelles et performantes », explique Noé Le Blavec, cofondateur de la jeune pousse Moumoute.
Le marché de l’acoustique intérieure reste aujourd’hui dominé par des matériaux issus de la pétrochimie : mousses synthétiques, mélamine, composites plastiques. Face à ces standards industriels, la laine de mouton présente des propriétés physiques naturellement adaptées à l’acoustique intérieure. Sa structure fibreuse absorbe les ondes sonores, tandis que sa capacité de régulation hygrométrique contribue au confort des espaces. « Elle absorbe les sons, régule l’humidité et apporte une texture visuelle apaisante », souligne le jeune entrepreneur.
Testée au Laboratoire Vibrations Acoustiques (LVA) [1] de l’INSA Lyon, elle affiche un coefficient d’absorption acoustique comparable aux références du marché, sans recourir au plastique.
Le positionnement stratégique de Moumoute ne repose donc pas uniquement sur le caractère biosourcé du matériau, mais sur sa capacité à conjuguer performance technique, faible impact environnemental et qualité d’usage.
De l’innovation produit à la structuration d’une filière
Pour Moumoute, l’enjeu ne se limite pas à concevoir un panneau acoustique performant. Le projet s’inscrit dans une ambition plus large : reconstruire une chaîne de valeur cohérente autour de la laine française. La matière première est collectée dans les Monts du Lyonnais, puis lavée en Haute-Loire, dans l’une des dernières laveries de laine encore en activité dans le pays. Elle est ensuite transformée et assemblée en région, avec la perspective d’intégrer à terme des Établissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT) de la métropole lyonnaise dans le processus de fabrication.

Ce choix assumé du circuit court ne relève pas seulement d’une logique environnementale. Il vise à réduire l’empreinte carbone liée au transport, à préserver des savoir-faire industriels devenus rares et à maintenir la valeur économique sur le territoire. Dans un contexte marqué par la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondialisées, cette organisation renforce également la résilience du modèle.
Le passage à l’échelle pose toutefois des défis structurants, notamment en matière de sécurité incendie. Pour équiper des établissements recevant du public, les panneaux doivent répondre à des normes strictes de réaction au feu. Plutôt que de recourir aux retardateurs de flamme pétrochimiques couramment utilisés, l’équipe a choisi d’investir en recherche et développement afin de mettre au point un traitement ignifuge biosourcé. Ce programme est mené en partenariat avec IMT Mines Alès, avec le soutien de la subvention Startup & Go de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Cette démarche illustre une ligne directrice claire : articuler exigences réglementaires et cohérence environnementale. Une condition indispensable pour faire des matériaux biosourcés non plus des alternatives marginales, mais des solutions pleinement crédibles sur les marchés professionnels.
Un modèle d’innovation low-tech et territoriale

Contrairement à une logique d’hyper-industrialisation, Moumoute revendique une innovation maîtrisée, reproductible localement. L’intégration potentielle d’ESAT dans l’assemblage des panneaux témoigne d’une conception élargie de la transition : environnementale, mais aussi sociale.
Ce modèle low-tech interroge les standards dominants de l’innovation, souvent fondés sur la complexité technologique et la centralisation productive. Ici, la valeur repose sur la simplicité des procédés, la traçabilité de la matière et la cohérence d’ensemble.
Moumoute, en brefFondée en 2025, Moumoute est une jeune entreprise, créée par trois élèves ingénieurs de l’INSA Lyon :
Le projet a émergé au sein de la Filière Entrepreneuriat Émergence (FEE) de l’INSA Lyon, un parcours dédié à l’accompagnement des initiatives entrepreneuriales étudiantes. Positionnée à l’intersection de l’économie circulaire, de l’architecture durable et de l’innovation sociale, Moumoute développe des panneaux acoustiques biosourcés à partir de laine de mouton française revalorisée. Lauréate de la subvention Startup & Go de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et du programme Objectif Labo du Pôle Universitaire pour l'Innovation, incubée au Centre d’Entrepreneuriat Lyon Saint-Étienne et finaliste du programme Lyon Start Up, la jeune pousse structure aujourd’hui son passage à l’échelle avec l’ambition de faire de la laine un matériau de référence pour le confort acoustique durable. |
[1] LVA - Laboratoire Vibrations Acoustique, Unité de recherche EA 677, sous la tutelle de l’INSA Lyon.


