Transformer la chaleur perdue en ressource pour décarboner l’industrie
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Dernière mise à jour : il y a 19 heures
Alors que l'industrie cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles, Olivier Fischer développe des solutions de récupération de chaleur destinées aux sites industriels. Cet ingénieur spécialisé dans l'efficacité énergétique défend une approche inspirée des cycles du vivant : réutiliser l'énergie déjà présente dans les procédés plutôt que produire toujours davantage. Une voie prometteuse pour conjuguer décarbonation, sobriété et compétitivité.

Dans une usine, la chaleur s'échappe souvent par les cheminées, les conduites ou les procédés industriels eux-mêmes. Invisible, elle représente pourtant un immense gisement d'énergie. C'est cette ressource négligée qu'Olivier Fischer a choisi de placer au cœur de son activité.
Diplômé de l'INSA Lyon en Génie Énergétique et Environnement en 2014, cet ingénieur a construit son parcours autour des enjeux de l'efficacité énergétique et de la décarbonation de l'industrie. « J'étais passionné d'écologie, d'environnement et d’énergie. Je suis venu à l'INSA Lyon pour ça », résume-t-il.

Après une année de recherche à l'Indian Institute of Technology de Delhi consacrée aux systèmes hybrides photovoltaïques et thermiques, puis plusieurs expériences dans le conseil, la maîtrise d'œuvre industrielle et l'efficacité énergétique, il forge une conviction : l'industrie dispose déjà d'une partie des ressources nécessaires à sa propre transformation.
De l'industrie linéaire à l'industrie circulaire
Cette intuition prend véritablement forme lorsqu'il rejoint le CETIAT, centre technique dédié à l'efficacité énergétique des procédés industriels. Au contact des industriels, il découvre l'ampleur du potentiel encore inexploité de la récupération de chaleur. « Dans la nature, la condition de la pérennité, c'est de ne pas utiliser plus que le rythme de renouvellement. Je me suis rendu compte qu'on pouvait appliquer cette logique à l'industrie. »
Pour Olivier Fischer, la transition énergétique ne se résume pas à remplacer une énergie fossile par une énergie décarbonée. Elle suppose aussi de repenser les flux énergétiques eux-mêmes. Dans de nombreux procédés industriels, une partie importante de la chaleur utilisée est rejetée dans l'environnement alors qu'elle pourrait être valorisée.
De cette réflexion naît une innovation destinée aux industries fortement consommatrices de chaleur, dans des secteurs aussi variés que l'agroalimentaire, la pharmaceutique, la chimie ou la papeterie. Le principe consiste à récupérer l'énergie thermique qui quitte les procédés pour la réinjecter dans le cycle de production.
« Quand une usine tourne, elle produit de la chaleur perdue. Pour nous, cette chaleur est une mine d'or. Notre métier consiste à transformer cet or thermique en valeur économique. »
Faire de la sobriété un avantage industriel
Concrètement, la solution développée par Olivier Fischer permet de récupérer une partie de cette chaleur résiduelle, puis de la réutiliser grâce à un système inspiré du fonctionnement des pompes à chaleur industrielles. Là où les procédés traditionnels reposent principalement sur la combustion de gaz pour produire de la vapeur, cette approche privilégie une logique circulaire : la chaleur déjà présente dans le système devient une ressource.
Selon lui, les gains potentiels sont considérables. Dans la majorité des cas, les consommations énergétiques peuvent être divisées par deux à cinq, tandis que les émissions de CO₂ diminuent fortement grâce à l'électrification des procédés et à la réduction du recours aux combustibles fossiles. Une seule installation industrielle peut ainsi éviter plusieurs milliers de tonnes d'émissions chaque année.

Mais au-delà des performances environnementales, Olivier Fischer insiste sur deux autres bénéfices : la résilience et la robustesse. « La seule chose dont on est sûr, c'est que moins on consomme, moins on est exposé aux fluctuations. »
L'innovation à l'épreuve du terrain
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, l'instabilité des marchés de l'énergie et les impératifs climatiques, la sobriété devient selon lui un facteur de robustesse économique. Réduire sa consommation énergétique, c'est aussi réduire sa dépendance.
Cette vision explique la création de E4C Solutions en 2023. Plus qu'une aventure entrepreneuriale, l'entreprise constitue pour lui un moyen de concrétiser une idée qu'il ne parvenait pas à développer dans les cadres existants. « Je n'ai pas entrepris pour entreprendre. J'ai créé mon cadre parce qu'il n'existait pas. »
Aujourd'hui, plusieurs démonstrateurs industriels sont en cours de déploiement et une quarantaine de pré-études ont déjà été réalisées. Mais pour Olivier Fischer, le principal défi reste ailleurs : convaincre. « L'innovation, c'est difficile à porter. Il y a beaucoup de résistances au changement. »
Face à ces freins, il privilégie une approche fondée sur la coopération. Son ambition n'est pas de remplacer les acteurs existants, mais de travailler avec eux pour faire émerger de nouveaux standards industriels. Une démarche cohérente avec sa vision de la transition : collective, pragmatique et ancrée dans le réel.
Derrière cette démarche se dessine une certaine idée de l'ingénierie. Pour Olivier Fischer, la transition écologique ne consiste pas seulement à inventer de nouvelles technologies, mais à mieux utiliser les ressources déjà disponibles. Une approche pragmatique qui invite à regarder autrement ce que l'industrie considère encore trop souvent comme un déchet : une énergie déjà là, prête à être réemployée.


